Histoires de sel

Epoque moderne

Carte des gabelles extraite du compte-rendu présenté au Roi Louis XVI par M. Necker (Janvier 1781) © DR

 

Des révoltes populaires contre la gabelle

A la Renaissance, les besoins en sel explosent en raison de la forte augmentation de la population. Le pouvoir royal y voit une source de profit pour financer ses guerres. François Ier cherche à unifier et étendre la gabelle pour consolider les recettes de son royaume. L’Angoumois et la Saintonge, des provinces jusqu’alors non soumises à la gabelle, se voient imposer le prix du sel « gabelé » nettement plus élevé. En 1548, la jacquerie des Pitauds est la première d’une série de révoltes contre la gabelle. Des émeutes éclatent, des châteaux sont pillés, des gabelous sont tués, une répression sans merci est mise en place par Henri II. La gabelle est finalement supprimée dans ces provinces qui deviennent « rédîmées » en 1549, c’est-à-dire exemptées de gabelle, en échange d’une forte somme. Les révoltes se poursuivent pendant toute cette période avec les Nu-Pieds, dans le Cotentin, en 1639, ou les Bonnets-Rouges, en Bretagne, en 1675.

Mandrin et autres faux-sauniers

Le transport, la manutention et la vente du sel occupent une grande partie de la population, qu’il s’agisse de sel de gabelle ou de sel de contrebande. Le faux-saunage se développe malgré la vigilance de l’État. Au XVIIIe siècle, Louis Mandrin se rend ainsi célèbre dans le Dauphiné, tandis que Jean Chouan, en Vendée, se fait connaître d’abord comme faux-saunier avant de devenir un héros royaliste pendant la révolution française.

Une pénurie de combustible

Pour alimenter les poêles à sel des salines, il faut du bois, beaucoup de bois. A partir de la Renaissance, ce combustible commence à faire défaut car les forêts ne sont pas renouvelées. Il faut aller chercher le bois de plus en plus loin, ce qui augmente le coût du sel. Les ingénieurs de l’époque rivalisent d’inventions pour parer à ce problème.

Des progrès techniques

Les systèmes de chauffe sont améliorés, les déperditions thermiques sont récupérées à des fins productives. Des « saumoducs » permettent d’amener la saumure au cœur de la forêt, comme à Hallstatt (XVIe siècle) ou à la Saline Royale d’Arc-et-Senans (Doubs), construite à proximité d’un massif forestier important qui reçoit les eaux salées de la grande saline de Salins-les-Bains. Au XVIIIe siècle, les bâtiments à graduation permettent de concentrer le sel de la saumure par évaporation (Arc-et-Senans). En Angleterre, la rareté du bois provoque la fermeture des salines avant qu’un nouveau combustible ne fasse son apparition : le charbon.

Le sel étudié par les chimistes

A la Renaissance, les savants remettent en question les savoirs anciens. Le sel n’est plus seulement une substance dont les vertus dépendent de croyances populaires mais est étudié par les chimistes de l’époque. A vrai dire, ce sont les sels qui font l’objet d’analyses car on appelle alors « sel » tout corps soluble dans l’eau. Bernard Palissy, le grand céramiste mais surtout chimiste de renom, écrit : « Si le sel était ôté du corps de l’homme, il tomberait en poudre en moins d’un clin d’œil », soutenant que les sels sont essentiels à la vie humaine.

Le sel, matière première de l’industrie du minerai d’argent

La conquête du Nouveau Monde bouleverse le statut du sel : vers 1555, le sel n’est plus seulement une denrée alimentaire mais devient un produit industriel, utilisé au Mexique dans un nouveau procédé d’amalgame du minerai d’argent. Cette découverte provoquera, au Mexique, une pénurie alimentaire, tout le sel produit dans les salines, les marais salants ou les lacs salés, étant réservé à cette nouvelle production.

Références :

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