Histoires de sel

Moyen Âge

Une amélioration des techniques

Après l’effondrement de l’empire romain, peu de traces liées au sel nous sont parvenues. Il semble néanmoins que ce soit au cours du Haut Moyen Âge (Ve au Xe siècle) que la structure des marais salants atlantiques, avec canaux et œillets ou séries de bassins, s’élabore réellement. Dans le courant du Moyen Âge, les techniques de production de sel ignigène s’améliorent avec l’utilisation de poêles à sel en plomb, comme à Salies-de-Béarn (Pyrénées-Atlantiques) ou l’usage d’une patenôtre, roue permettant de remonter l’eau salée du puits par une série de godets à Salins-les-Bains (Jura) au XVe siècle.

La dernière poêle à sel française
Salins-les-Bains abrite la dernière poêle à sel conservée en France. Elle a été restaurée récemment  et peut être admirée lors de la visite de la Saline.

 

Le sel de sable

Dans la baie du Mont-Saint-Michel, la baie de Seine et le long de la Manche, une technique originale de production de sel fait son apparition. Elle consiste à labourer les plages et entasser le sable récolté pour le laver au-dessus d’une fosse et le filtrer peu à peu afin d’en extraire le sel. Cette saumure était ensuite bouillie selon la technique du sel ignigène.

L’essor des salines

Jusqu’au XIIIe siècle, le sel est principalement exploité par des monastères, parfois par des domaines seigneuriaux. Au XIIIe siècle, la progression démographique et la croissance économique entraîne l’essor des salines. Des caravanes de sel traversent l’Europe grâce aux améliorations techniques des attelages. Le transport fluvial (Rhône ou Loire) du sel se déploie. Le Duché de Bretagne se développe, en grande part, sur l’activité salicole. Venise connaît la prospérité grâce au commerce du sel. Le sel devient un enjeu de monopole fiscal pour les monarques.

L’institution de la gabelle

En 1246, Saint-Louis finance sa croisade en instituant une taxe temporaire sur le sel. Au niveau féodal, c’est Charles d’Anjou, Comte de Provence, qui l’installe en 1259. En 1286, Philippe le Bel, toujours à court d’argent, la remet en vigueur. Sous Philippe VI de Valois, la gabelle est définitivement instaurée en 1341 et le monopole de la vente du sel revient au pouvoir royal en 1343.

La gabelle

La gabelle (de l’arabe kabala, taxe) s’applique initialement à toutes sortes d’impôts mais bientôt elle ne concernera que la taxe sur le sel et deviendra l’impôt le plus honni de l’Ancien Régime. Cet impôt est particulièrement injuste car son régime varie selon les provinces. Dans les pays de grande gabelle, la population est obligée d’acheter une quantité fixe de sel aux greniers du roi tandis que d’autres provinces sont exemptées. Ces différences entre pays générèrent de fortes disproportions dans le prix du sel. La tentation était donc grande de passer le sel en contrebande.

Les faux-sauniers

Étaient considérés comme faux-sauniers, aussi bien les producteurs de sel qui « volaient » l’eau de mer, les transporteurs de contrebande et leurs complices, que les acheteurs. Même celui qui ne consommait pas assez de sel, le « sel du devoir » imposé par le roi, était accusé de faux-saunage. Ce trafic était fortement réprimé : condamnation à la prison, aux galères, voire à la peine de mort, comme ce sera le cas de Mandrin au XVIIIe siècle.

Fermiers généraux et gabelous

Le roi délègue la gabelle aux fermiers généraux qui lui avancent les sommes puis se remboursent sur la population en recourant à des moyens souvent peu recommandables. Les fermiers s’appuyaient sur les gabelous pour le recouvrement de l’impôt. Les gabelous surveillaient également les frontières entre provinces où le trafic était intense, d’où le surnom de gabelou donné au douanier, aujourd’hui encore.

L’essor des grandes pêches au hareng et à la morue

À la fin du Moyen Âge, le transport maritime du sel se développe. Le cabotage est intense sur les rives de la Méditerranée comme de l’Atlantique. Les Anglais, les Hollandais et les Allemands de la Hanse envoient des flottes de bateaux chercher le sel nécessaire à la salaison du hareng et de la morue. La baie de Bourgneuf est alors, grâce au sel, une zone stratégique comme l’est de nos jours le golfe persique pour le pétrole.

En Chine

Dès le Xe siècle, les Chinois semblent avoir extrait du sel par dissolution en injectant de l’eau dans une mine de 300 m de profondeur à l’aide de tuyaux en bambou.

Références :

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